Lengua. Flujo inmenso y verde.
Mar de peces plateados...
brillantes...
infinitos...
Nadando las letras nadan;
y las palabras capitanean
y las frases obedecen
mientras libros terribles mandan
la imposible ordenación del orden verborileante...
País de las palabras universales,
existes en la lengua del individuo;
monstruo de dientes acérrimos,
y de frentes largas y blanquecinas,
cual capilla insignificante, en boca de santos
metes el callar de los corazones y el sufrir...
...¡el mucho sufrir de los ojos!
¡Lengua! No vives, ni vivimos,
pues en cada intención te callas
en cada boca condenas,
en cada llanto mueres,
Lengua: sempiterna muerte de la mente.
Eterno comienzo del pensamiento: ¡lengua!
Lengua de grandes autores
que la incomprensión de tus recovecos
lleva a la desesperación demoledora,
al verbo inmóvil en desgarrada garganta.
En el papel, lengua negra,
mojas tus frases con tinta
y anegas con oscuros ríos
los montes de la imaginación
y el desierto de las ilusiones.
Cuentos, poemas, narración...
...¡Y ni una sola verdad!
Verborileante orden de ordenación imposible
mandan terribles libros mientras
obedecen frases,
capitanean palabras
y nadan letras nadando...
Infinitos, brillantes,
plateados peces de mar...
Inmenso y verde flujo...
...¡Lengua!
jueves, 3 de diciembre de 2009
IMÁGENES Y PALABRAS
...y hay frases que se quedan para siempre en la memoria.
Y son más que frases:
son fragmentos de sentimientos,
trozos de lágrimas,
pedazos del alma
en algún tiempo y algún lugar
existentes,
fuera de la realidad presente,
pero esencial en la realidad
del ser humano.
Frases son que establecen puentes
por los que la realidad pensante
que es el hombre
trae a sí los recuerdos.
Las imágenes y las palabras
son los verdaderos recuerdos
del alma,
son vehículos dentro de los cuales
los sentimientos no mueren
nunca.
Y son más que frases:
son fragmentos de sentimientos,
trozos de lágrimas,
pedazos del alma
en algún tiempo y algún lugar
existentes,
fuera de la realidad presente,
pero esencial en la realidad
del ser humano.
Frases son que establecen puentes
por los que la realidad pensante
que es el hombre
trae a sí los recuerdos.
Las imágenes y las palabras
son los verdaderos recuerdos
del alma,
son vehículos dentro de los cuales
los sentimientos no mueren
nunca.
APARECE LA CONCIENCIA
Aparece la conciencia.
El tupido velo de la muerte fingida
y el engañoso sueño se desvanecen...
Nace la apariencia,
aparece la conciencia.
Desaparece el orden estricto,
el puro estar de las palabras,
en forma de imágenes vitales;
y se esparce por el espacio, líquido,
lánguido, irreal y real al tiempo...
Pero luego, de pronto fijado en la tierra,
helado, uniforme,
duro como la piedra,
muerto
al pie de la cama,
se abre
el ojo desengañado
que todo lo ve incluso a sí mismo.
Aparece la conciencia.
El tupido velo de la muerte fingida
y el sosegado aliento se desvanecen...
Nace la apariencia,
aparece la conciencia...
... muere la inocencia.
El tupido velo de la muerte fingida
y el engañoso sueño se desvanecen...
Nace la apariencia,
aparece la conciencia.
Desaparece el orden estricto,
el puro estar de las palabras,
en forma de imágenes vitales;
y se esparce por el espacio, líquido,
lánguido, irreal y real al tiempo...
Pero luego, de pronto fijado en la tierra,
helado, uniforme,
duro como la piedra,
muerto
al pie de la cama,
se abre
el ojo desengañado
que todo lo ve incluso a sí mismo.
Aparece la conciencia.
El tupido velo de la muerte fingida
y el sosegado aliento se desvanecen...
Nace la apariencia,
aparece la conciencia...
... muere la inocencia.
martes, 20 de enero de 2009
Être et devenir
I
Le ciel bleu, comme un tonnerre, éclate
Et la pluie de lumière écarlate
Accable l’esprit ;
Trop de pureté, trop d’évidence,
Font toujours naître au creux de l’enfance
Le doute et l’ennui.
Quand le sage l’œil mi-clos, le sourcil froncé,
Et la barbe vers quelque horizon pointée,
Mesure en silence
Les pas de l’humanité jusque ce jour
Et regarde ce qu’il reste de séjour,
Il efface la stance.
Qu’avez-vous fait de mon avenir ?, il demande.
Au nom de quel passé en faites-vous une offrande ?
Faut-il donc sur l’autel
Sacrifier les erreurs, les doutes, les tristesses ?
Faut-il pour plaire aux muses embrasser les déesses
Et désirer le ciel ?
Je suis ma propre substance, ma matière,
Je suis existence, puissante, volontaire ;
J’existe en acte
Et dois trouver, fouillant la fange avec les mains
La raison du désordre, le hasard malsain
Qui a scellé ce pacte.
II
Droit dans les yeux il me regarde à présent,
Et son spectre, brillant dans la nuit, béant,
Allume les débris,
L’effondrement d’une terre de bonheur,
Comme Néron donne à Rome la lueur
Des flammes impies.
En moi il est un navire aux prises avec soi-même
Qui, sans prêtre, sans héraut et sans Carême
Ne peut se diriger,
Et comme dans l’œil de la tempête le marin
Je ne sais du fanal ou du phare lointain
A quel rayon me fier.
La fatalité de l’homme est la décision,
Ne pas en prendre n’est pas une évasion :
Le choix est lendemain ;
La vraie souffrance est de nier l’existence,
Et puisque l’être est matière et substance
Je serai donc, mais vain.
Le ciel bleu, comme un tonnerre, éclate
Et la pluie de lumière écarlate
Accable l’esprit ;
Trop de pureté, trop d’évidence,
Font toujours naître au creux de l’enfance
Le doute et l’ennui.
Quand le sage l’œil mi-clos, le sourcil froncé,
Et la barbe vers quelque horizon pointée,
Mesure en silence
Les pas de l’humanité jusque ce jour
Et regarde ce qu’il reste de séjour,
Il efface la stance.
Qu’avez-vous fait de mon avenir ?, il demande.
Au nom de quel passé en faites-vous une offrande ?
Faut-il donc sur l’autel
Sacrifier les erreurs, les doutes, les tristesses ?
Faut-il pour plaire aux muses embrasser les déesses
Et désirer le ciel ?
Je suis ma propre substance, ma matière,
Je suis existence, puissante, volontaire ;
J’existe en acte
Et dois trouver, fouillant la fange avec les mains
La raison du désordre, le hasard malsain
Qui a scellé ce pacte.
II
Droit dans les yeux il me regarde à présent,
Et son spectre, brillant dans la nuit, béant,
Allume les débris,
L’effondrement d’une terre de bonheur,
Comme Néron donne à Rome la lueur
Des flammes impies.
En moi il est un navire aux prises avec soi-même
Qui, sans prêtre, sans héraut et sans Carême
Ne peut se diriger,
Et comme dans l’œil de la tempête le marin
Je ne sais du fanal ou du phare lointain
A quel rayon me fier.
La fatalité de l’homme est la décision,
Ne pas en prendre n’est pas une évasion :
Le choix est lendemain ;
La vraie souffrance est de nier l’existence,
Et puisque l’être est matière et substance
Je serai donc, mais vain.
jueves, 15 de enero de 2009
Cauchemar...
Fuite d’ombre
Mirage d’horreur
Vision sombre
Nuage de stupeur
Menace les hommes
Nuage gris
Avec tes éclairs infinis
Écrasant la somme de l’univers.
Et contraints à la mort de l’histoire
Et à la mort de Dieu
Ne restera au cœur de la révolte
Que les chiens baveux qui assassinent
Et qui pour avoir survécu, mourront à jamais.
Mirage d’horreur
Vision sombre
Nuage de stupeur
Menace les hommes
Nuage gris
Avec tes éclairs infinis
Écrasant la somme de l’univers.
Et contraints à la mort de l’histoire
Et à la mort de Dieu
Ne restera au cœur de la révolte
Que les chiens baveux qui assassinent
Et qui pour avoir survécu, mourront à jamais.
La mon(s)tre
Il y a quelques jours je me suis attaché une montre au poignet. C’est une montre un peu grosse, assez épaisse avec un bracelet en cuir et de jolies aiguilles ; la trotteuse a une petite pointe rouge qui semble menacer les secondes, on dirait qu’elle ne va pas s’arrêter tant elle a l’air déterminée. Je préfère que les montres aient des aiguilles. Les cadrans digitaux me font l’effet d’une simplification à outrance de ce que l’on utilisait il y a encore assez peu pour mesurer le temps, et que l’on appelait le cadran solaire. J’ai toujours l’impression quand j’en vois un – on en voit beaucoup dans les lieux publics – de lire l’heure comme on lirait Balzac en orthographe texto. Je ne sais pas pourquoi les cadrans digitaux me semblent des horloges pour analphabètes. Bref. Pour revenir à ma montre, il faut également préciser que comme beaucoup de montre elle a, à coté du trois, ou de et quart comme on voudra, un petit numéro qui indique le jour du mois. Ce qui fait de la montre un double repère : l’un immédiat et terrorisant, l’autre à court terme et angoissant. Alors en inclinant légèrement la tête vers le bas en direction de son poignet et en tournant légèrement ce dernier vers soi, le choc qui se produit ne peut être à l’origine que de deux réactions : on peut être pris de vertige devant ce spectacle angoissant d’une ride se reflétant dans le temps ; ou on peut décider de poursuivre l’éternité. L’immense majorité de nos contemporains semblent se contenter de voir le temps enfermé dans une petite boîte mouvant les aiguilles en permanence ; ils ne voient pas que les prisonniers ce sont eux. Mais enfin, qui peut reprocher quoi que ce soit à son siècle ? « Connaître l’ennemi » ne fut-il pas le premier conseil de César ? Observons et évitons la mêlée. Allons, montre au poignet, vers le néant et mettons un terme au débat : le temps n’existe pas !
Cette montre, je l’ai attachée à mon corps il y a environ deux semaines. Je m’y habitue peu à peu. Il faut reconnaître qu’en plus d’être en soi un objet assez lourd, un appendice très indiscret, c’est la première fois que j’en porte une. Oui, je sais c’est tard pour une première, mais le fait est que vu que je n’en avais pas je n’ai pas pu me rendre compte que j’étais à la bourre. Bref, cela ne simplifie pas la tâche mais je reconnais que l’expérience est intéressante. En tous cas, ce qui est curieux c’est que je commence déjà à être atteint par le syndrome du poignet-pivotant-petit-coup-d’œil-furtif, dont l’effet, d’autre part, semble croissant. Précisons en outre que ce syndrome a des variantes beaucoup moins réjouissantes comme celle appelée : levé-de-bras-élégant-pour-faire-descendre-la-manche-de-la-chemise-et-faire-apparaître-la-belle-montre dont le seul nom, plus rebutant qu’effrayant, rend compte du degré d’atrophie psychologique où se trouve l’homme, qui ne sait même plus comment appeler ses maux.
Hors ces chimériques considérations, à quoi sert avoir une montre ? Je me suis rendu compte que cela sert à beaucoup de choses. En fait, ça sert tous les jours aux mêmes choses mais cela n’enlève évidement rien à sa commodité. Par exemple, ça sert à arriver à l’heure au boulot. Le matin je me douche et tout de suite après avoir enfilé un caleçon et un jean, je prends ma montre, regarde l’heure qui généralement indique sept heures moins dix – moins cinq, puis je la plaque contre mon poignet gauche et, l’appuyant contre mon ventre, j’attrape le bracelet de ma main droite, et l’attache, comme on boutonne une chemise ou comme on fait ses lacets. Alors, c’est l’heure du petit déjeuner. Le petit déjeuner, c’est calculé, dure, préparation et engloutissement compris, environ quinze minutes. La montre permet de vérifier que l’habitude est solide. Je ne suis pas encore tout à fait convaincu de l’utilité d’un superviseur d’automatismes, mais ça rassure : on sait qu’il est sept heures dix, mais en regardant la montre on se dit que l’on sait effectivement bien les choses, que l’on contrôle, et on se fait presque un petit clin d’œil à soi-même : « Tu vois, il est sept heures dix, je te l’avais dit. »
Ensuite, la montre sert à un fait plus étrange : elle semble avoir un rôle dans notre organisme. Étant une greffe, elle devient un véritable organe et assume donc une fonction particulière dans l’ordre du corps. « Dix heures et quart ! (exclamation) c’est pour ça que j’ai envie d’un café depuis tout à l’heure ! » Ou à d’autres moments : « treize heures trente, et ouais (d’un air entendu), j’ai un creux ! » De quoi on peut déduire que la montre a un rôle dans nos besoins physiques au cours de la journée. Certes, elle ne les fait pas naître mais elle est comme un voyant, une alarme, qui régule la fréquence des repas. D’ailleurs, on dira souvent : « une heure moins le quart… (pensif) c’est encore un peu tôt quand même », alors on attendra pour aller manger que la montre en donne l’ordre. A ce degré-là de montruosité ou de montrisme, je ne suis pas encore arrivé. On verra avec le temps, serais-je tenté de dire.
Cette montre, je l’ai attachée à mon corps il y a environ deux semaines. Je m’y habitue peu à peu. Il faut reconnaître qu’en plus d’être en soi un objet assez lourd, un appendice très indiscret, c’est la première fois que j’en porte une. Oui, je sais c’est tard pour une première, mais le fait est que vu que je n’en avais pas je n’ai pas pu me rendre compte que j’étais à la bourre. Bref, cela ne simplifie pas la tâche mais je reconnais que l’expérience est intéressante. En tous cas, ce qui est curieux c’est que je commence déjà à être atteint par le syndrome du poignet-pivotant-petit-coup-d’œil-furtif, dont l’effet, d’autre part, semble croissant. Précisons en outre que ce syndrome a des variantes beaucoup moins réjouissantes comme celle appelée : levé-de-bras-élégant-pour-faire-descendre-la-manche-de-la-chemise-et-faire-apparaître-la-belle-montre dont le seul nom, plus rebutant qu’effrayant, rend compte du degré d’atrophie psychologique où se trouve l’homme, qui ne sait même plus comment appeler ses maux.
Hors ces chimériques considérations, à quoi sert avoir une montre ? Je me suis rendu compte que cela sert à beaucoup de choses. En fait, ça sert tous les jours aux mêmes choses mais cela n’enlève évidement rien à sa commodité. Par exemple, ça sert à arriver à l’heure au boulot. Le matin je me douche et tout de suite après avoir enfilé un caleçon et un jean, je prends ma montre, regarde l’heure qui généralement indique sept heures moins dix – moins cinq, puis je la plaque contre mon poignet gauche et, l’appuyant contre mon ventre, j’attrape le bracelet de ma main droite, et l’attache, comme on boutonne une chemise ou comme on fait ses lacets. Alors, c’est l’heure du petit déjeuner. Le petit déjeuner, c’est calculé, dure, préparation et engloutissement compris, environ quinze minutes. La montre permet de vérifier que l’habitude est solide. Je ne suis pas encore tout à fait convaincu de l’utilité d’un superviseur d’automatismes, mais ça rassure : on sait qu’il est sept heures dix, mais en regardant la montre on se dit que l’on sait effectivement bien les choses, que l’on contrôle, et on se fait presque un petit clin d’œil à soi-même : « Tu vois, il est sept heures dix, je te l’avais dit. »
Ensuite, la montre sert à un fait plus étrange : elle semble avoir un rôle dans notre organisme. Étant une greffe, elle devient un véritable organe et assume donc une fonction particulière dans l’ordre du corps. « Dix heures et quart ! (exclamation) c’est pour ça que j’ai envie d’un café depuis tout à l’heure ! » Ou à d’autres moments : « treize heures trente, et ouais (d’un air entendu), j’ai un creux ! » De quoi on peut déduire que la montre a un rôle dans nos besoins physiques au cours de la journée. Certes, elle ne les fait pas naître mais elle est comme un voyant, une alarme, qui régule la fréquence des repas. D’ailleurs, on dira souvent : « une heure moins le quart… (pensif) c’est encore un peu tôt quand même », alors on attendra pour aller manger que la montre en donne l’ordre. A ce degré-là de montruosité ou de montrisme, je ne suis pas encore arrivé. On verra avec le temps, serais-je tenté de dire.
Le cœur et la raison
I
Au mariage de mon cœur et de la raison
Sont venus les poètes et les alchimistes,
Toutes les planètes du cosmos, les saisons,
La science, les mots : les heureux et les tristes
Les petites victoires et les grandes erreurs.
S’ils sont assemblés, c’est que le motif est bon :
Aujourd’hui alors que fuient le doute et la peur
Se marient mon beau cœur et sa douce raison.
Sont venus les poètes et les alchimistes,
Toutes les planètes du cosmos, les saisons,
La science, les mots : les heureux et les tristes
Les petites victoires et les grandes erreurs.
S’ils sont assemblés, c’est que le motif est bon :
Aujourd’hui alors que fuient le doute et la peur
Se marient mon beau cœur et sa douce raison.
II
Les peurs, les angoisses et toutes les méfiances
Aux violences du choix offrent une danse,
Comme aux décisions délicieuses de l’esprit
Donnent un baiser la peau, le sang et l’envie.
Cependant la raison n’est pas somnolente,
Elle trône dans sa lucidité puissante ;
Et le cœur n’est pas endormi, il exulte
Des émotions qu’en lui toujours ses sens sculptent.
Vivre au milieu des autres hommes en homme bon
Est l’acte toujours recommencé de la raison ;
Aimer pour soi et se laisser aimer les autres
Est un fait du cœur qui se passe d’apôtre.
Et ensemble : l’acte d’amour de la pensée
Et le besoin du corps ; le fol espoir d’aimer,
Le courage des idées, courent au bonheur
Main dans la main, unis en une lueur.
L’intelligence et l’émotion ont enterré
La hache de guerre ; et le raz-de-marée
Du cœur, que la raison contient, se mesure
A elle, lui donnant force et non usure.
A la pensée s’offre le cœur en pitance,
Comme à lui s’offre le monde et ses jouissances ;
Et comme le cœur réagit par l’émotion
L’esprit jouit lui aussi, bien que par la raison.
Les peurs, les angoisses et toutes les méfiances
Aux violences du choix offrent une danse,
Comme aux décisions délicieuses de l’esprit
Donnent un baiser la peau, le sang et l’envie.
Cependant la raison n’est pas somnolente,
Elle trône dans sa lucidité puissante ;
Et le cœur n’est pas endormi, il exulte
Des émotions qu’en lui toujours ses sens sculptent.
Vivre au milieu des autres hommes en homme bon
Est l’acte toujours recommencé de la raison ;
Aimer pour soi et se laisser aimer les autres
Est un fait du cœur qui se passe d’apôtre.
Et ensemble : l’acte d’amour de la pensée
Et le besoin du corps ; le fol espoir d’aimer,
Le courage des idées, courent au bonheur
Main dans la main, unis en une lueur.
L’intelligence et l’émotion ont enterré
La hache de guerre ; et le raz-de-marée
Du cœur, que la raison contient, se mesure
A elle, lui donnant force et non usure.
A la pensée s’offre le cœur en pitance,
Comme à lui s’offre le monde et ses jouissances ;
Et comme le cœur réagit par l’émotion
L’esprit jouit lui aussi, bien que par la raison.
martes, 6 de enero de 2009
Prose maritime
Ô merveilleux pays de mon enfance. Garrigue, sel, vent et calanques. Dans tous mes voyages à Marseille, je fais toujours une escale à Calelongue, dont le nom est dû à sa forme allongée de petite crique, dernier port de Marseille, à l’extrême sud de la ville.
J’y reviens parce qu’à Calelongue vit la paix. Il y a toujours un peu d’air et toujours ici la mer frisonne. L’eau semble aimer cette double caresse du vent léger et du bruyant soleil, même en hiver. Ici, sous nos pieds, naît la méditerranée ; puis, à quelques centaines de mètres, elle emprisonne la Jarre, le Jarron, Riou, Plane et le Grand Congloué avant de s’en aller, loin, prenant tous les départ vers tous les horizons. L’île Maïre avec ses pharillons semblent l’accompagner poussant quelques pas vers le lointain, comme s’ils disaient : « Adieu, à bientôt. » Et puis, sous la pluie de rayons scintillants, la mer s’enfuit, toujours vers l’avant, vers cette ligne inimaginable qui pourtant ferme notre vue ; et l’on regarde fixement, dans le chemin brillant que dessine sur elle le doux soleil de Provence, sa jolie main qui fait un signe.
En haut, sur la butte qui surplombe la calanque, l’ancien sémaphore trône. Comme les cabanons du coin, il n’existe que pour de vieilles barbes, de vieux marins, des amoureux de la mer, des amoureux de Marseille. Derrière le phare s’étend ensuite la garrigue qui court le long de la côte et qui, ne pouvant suivre la mer vers l’avant la rappelle de la rive avec son sourire de renard des calanques. La garrigue n’est pas jalouse de la mer, sublime voyageuse ; au contraire, elle lui confie tous ses secrets de végétation rebelle et la laisse partir parce qu’elle sait qu’elle reviendra et lui racontera alors ses récits de mer qui, comme les récits de marins, font des bruits de craquement de mât et ont un goût de sel et d’aventure. La mer ne dit jamais adieu à la garrigue ; je ne dirai jamais adieu à Marseille.
Et cette nature vivante qui parle et qui rit, pleine de fouines, de couleuvres, d’hirondelles des rochers et plantée d’orchidées et de crithmes maritimes, tend sa face au ciel et hurle, dans son recoin de méditerranée, la violence de son sang et son teint hâlé.
L’avenir n’a pas de consistance là où les choses semblent ne pas changer. C’est presque plonger dans le mythe que d’admirer, lorsqu’on est marseillais, les pierres de nos ancêtres, d’imaginer les bateaux phéniciens et de sentir les courants d’air colliniers. Et puis, à quoi bon l’avenir ? Ici les choses sont pleines, du simple fait d’être. Ici, il n’y a rien à chercher. Fermer les yeux, sentir, toucher, pleurer peut-être, et la vie devient cette mer sans marée, ce ciel calme et tempéré, ce destin déjà fixé des choses sublimes que transfigurent les battements du cœur de la terre. Point de désir, point d’abîme.
Décembre 2008
J’y reviens parce qu’à Calelongue vit la paix. Il y a toujours un peu d’air et toujours ici la mer frisonne. L’eau semble aimer cette double caresse du vent léger et du bruyant soleil, même en hiver. Ici, sous nos pieds, naît la méditerranée ; puis, à quelques centaines de mètres, elle emprisonne la Jarre, le Jarron, Riou, Plane et le Grand Congloué avant de s’en aller, loin, prenant tous les départ vers tous les horizons. L’île Maïre avec ses pharillons semblent l’accompagner poussant quelques pas vers le lointain, comme s’ils disaient : « Adieu, à bientôt. » Et puis, sous la pluie de rayons scintillants, la mer s’enfuit, toujours vers l’avant, vers cette ligne inimaginable qui pourtant ferme notre vue ; et l’on regarde fixement, dans le chemin brillant que dessine sur elle le doux soleil de Provence, sa jolie main qui fait un signe.
En haut, sur la butte qui surplombe la calanque, l’ancien sémaphore trône. Comme les cabanons du coin, il n’existe que pour de vieilles barbes, de vieux marins, des amoureux de la mer, des amoureux de Marseille. Derrière le phare s’étend ensuite la garrigue qui court le long de la côte et qui, ne pouvant suivre la mer vers l’avant la rappelle de la rive avec son sourire de renard des calanques. La garrigue n’est pas jalouse de la mer, sublime voyageuse ; au contraire, elle lui confie tous ses secrets de végétation rebelle et la laisse partir parce qu’elle sait qu’elle reviendra et lui racontera alors ses récits de mer qui, comme les récits de marins, font des bruits de craquement de mât et ont un goût de sel et d’aventure. La mer ne dit jamais adieu à la garrigue ; je ne dirai jamais adieu à Marseille.
Et cette nature vivante qui parle et qui rit, pleine de fouines, de couleuvres, d’hirondelles des rochers et plantée d’orchidées et de crithmes maritimes, tend sa face au ciel et hurle, dans son recoin de méditerranée, la violence de son sang et son teint hâlé.
L’avenir n’a pas de consistance là où les choses semblent ne pas changer. C’est presque plonger dans le mythe que d’admirer, lorsqu’on est marseillais, les pierres de nos ancêtres, d’imaginer les bateaux phéniciens et de sentir les courants d’air colliniers. Et puis, à quoi bon l’avenir ? Ici les choses sont pleines, du simple fait d’être. Ici, il n’y a rien à chercher. Fermer les yeux, sentir, toucher, pleurer peut-être, et la vie devient cette mer sans marée, ce ciel calme et tempéré, ce destin déjà fixé des choses sublimes que transfigurent les battements du cœur de la terre. Point de désir, point d’abîme.
Décembre 2008
domingo, 14 de diciembre de 2008
Quand je mourrai
À Ramón González Sánchez
Quand je mourrai, laissez-moi au bord du chemin.
Abandonnez-moi aux fleurs, au musc et au jasmin,
que la terre imprègne sur moi son odeur
que les arbres fassent un toit, les oiseaux un chœur ;
chantent les montagnes, retentissent les vallées,
aujourd’hui je meurs ! Viens ruisseau, viens m’embrasser !
Et vous, pierres du sentier qui dans la lune
vous reconnaissez, écrivez sur la dune
que je m’oppose, que je m’esquive au trépas,
pour que d’en haut Il voie que je ne monte pas ;
que je reste ici, mort mais accroché à la terre,
que je reste avec la faux pour éviter le cimeterre.
Ensevelissez-moi, brindilles et poussière,
que votre sève coule sur ma misère
et que du balcon du ciel m’observent les anges
et fassent pleuvoir une pluie de mésanges.
Le vent m’emportera, et l’oubli et le temps
qui sont comme des remèdes pour les vivants.
Comme avant de naître on ne connait pas encore,
mort, on m’aura oublié avant l’aurore.
Mais de grâce ne m’enfermez pas pour toujours
entre des planches d’où je ne pourrai voir le jour ;
ne mettez pas votre tristesse en prison
car c’est du cœur le pire de tous les poisons
de mettre en bière ce que le ciel vit naître
et de cacher à l’homme ce qui cesse d’être.
Vous qui aujourd’hui n’êtes plus libres de m’aimer
donnez-moi ce petit morceau de liberté
de n’être point par le rituel social
mis dans un lit de bois comme dans un bocal.
Je sais, les vivants décident et ce qui est doit être
mais j’aimerais tellement reposer sous un hêtre
plutôt que de pourrir entre quatre planches,
comme un souvenir froid dans un cœur étanche.
La vie n’est qu’un délai entre deux portes
l’une ouvre l’œil, l’autre brise de sa main forte
la clepsydre qui, entre deux ouvertures,
nous livre au monde, aux sens, à la nature.
Dimanche 30 novembre 2008, à 04.00h
domingo, 23 de noviembre de 2008
Au fond des océans
Il semble, après Thésée, Astyage, Alexandre
Que l’homme trop grandi ne peut plus que descendre…
La légende des siècle, XII, v. 277-278.
Victor Hugo
Prologue :
Au fond des océans j’aimerais parfois
m’asseoir un instant et écouter les mots
que chantent dans le silence des eaux
le poisson-poète et le requin-roi…
En grand silence chacun fait de sa rime
et de ses vers, armes, armure et fanal ;
mais si le roi exulte le glorieux labeur
de ses vassaux bien-aimés, c’est le rival
que dénonce pour ses frères le poète !
Et leurs chants à l’heure du duel fatal
S’affronteront dans les abîmes profonds…
Ah ! Les rimes aiguisées de l’hérésiarque
chasseront-elles les mensonges du monarque ?
I
Cependant, l’événement fait tout l’intérêt
des Mécènes qui, au contraire des Muses
qui donnent la vie aux sensuelles images
poétiques gratuitement, eux abusent
afin de découvrir qui sera le vainqueur,
qui l’objet innocent de leurs ruses,
qui le défenseur de leurs richesses.
Chacun au fond de son trou, les poètes
par d’étranges poissons, aux accents étranges
sont visités. – « Et quoi, disaient-ils, avoue donc
que ce n’est pas grâce à toi que le peuple mange,
que prétends-tu obtenir en combattant ?
Ce n’est jamais dans l’art mais bien dans la fange
que l’on fait les troupeaux et remplit les granges. »
Le poète sourit et regarda les trois hommes, comme absent,
puis il baissa à nouveau son regard vers sa page en les oubliant.
« Tu sais pourtant bien, reprirent-ils, que la vie,
la paix, ne dépendent pas de jolies rimes
mais de la poigne de fer et des doigts d’argent
qui tour à tour, des bas-fonds jusqu’à la cime
distribue l’or ou le retire ; et enfin dit
qui va au paradis et qui à l’abîme !
qui est subversif, qui artiste sublime !
Et le poète souriant toujours rétorqua que c’est en effet à l’abîme
que vont les philosophies trop riches en maximes !
« Allons, regarde-nous, nous qui nourrissons
les grandes entreprises par de sonnantes
et trébuchantes énergies, fais comme nous
et laisse la poésie contre une décente
activité. N’agite pas le peuple, fou !
il te suivrait ! Car une haine latente,
cruelle et lente nous tuerait tous, toi et nous. »
Le poète ainsi tenté par le troupeau de le suivre
devint songeur et ouvrit un livre.
« Le temps nous tuera de toutes façons, dit-il.
Et si je fais ce que de moi vous désirez
alors, je cesse d’être seul, vrai, unique
et me divise, devenant toujours plus laid
toujours moins fort, toujours moins vrai ;
et je geindrais encore en m’éteignant, soufflé
par le vent de la vanité et de la honte. »
Et les banquiers de l’art se mirent à rire.
« Tout ce que tu veux ! Avant qu’elle soit finie
on ne dit pas si la guerre est respectable :
un vrai poète ou une fausse prophétie
nous sont égal : l’or n’a pas d’idéologie !
Nous t’aiderons donc ; soutien, refuge ou ami,
nous serons tes écuyers dans la bataille. »
Et le poète trop absorbé à aiguiser ses mots
ne s’attarda pas à les traiter de sots.
Puis, nageant en hâte jusque chez l’ennemi,
ils lui tinrent ce discours de richesses affamé :
« Ô bon roi ! La subversion est à ta porte !
Prends garde, ne te laisse pas déshonorer !
Après tant de concessions et de mensonges
il nous serait si douloureux de reculer !
Prends donc les armes et réduits ce prince maudit. »
Le roi, sceptre en main et plume à l’oreille, comme un boucher,
tuait les mouches et riait, riait, riait.
« Ah bon roi ! Qu’il est doux ce rire moqueur.
Il est tant de droits que nous te devons, tant de lois
auxquelles nous croyons comme à des versets divins,
qu’en te perdant toi nous perdrions notre foi.
Quelle souffrance ce serait, de devoir être honnêtes !
Nous irons du coté où le fléau, narquois
augure, s’incline, et où va ton royal pas. »
Sa majesté, flattée, encouragée par ce pompeux discours
fit appeler le bourreau et lui ordonna de préparer la tour.
« Voici donc que nous les tenons, la gloire est là :
nos droit sont sauvés par un roi victorieux ;
le poète vainqueur, le peuple nous fait rois.
L’issue nous est indifférente car au milieu
du bruit et de la fureur nous gagnerons
quoi qu’il en soit. Bénie soit-elle, l’oeuvre de Dieu
qui fait les morts, les gloires... et les bénéfices ! »
Or donc, tous se frottaient les mains : le roi pensant à sa proie,
les Mécènes d’avoir déjà gagné et le poète de froid.
Ainsi, lorsque de sa courbe divinement
belle, atteignit son zénith le divin soleil,
en horde accourut la plèbe aux portes
du palais, pour déguster de l’oreille
le chant mielleux et envoûtant du monarque,
et l’aubade guerrière à nulle pareille
du bon poète affamé de justice!
Wilde le sait, la haine n’a jamais donné raison aux Pétrarques ;
l’histoire, cependant, n’est pas toujours du coté du monarque.
II
« Peuple de l’eau, âme de tous les océans !
Combien de temps faudra-t-il donc attendre
pour te voir te lever contre ce tyran,
et réduire sa sale gloire à la cendre ?
Ne vois-tu pas qu’il s’agite, qu’il fait du vent
pour troubler nos yeux, à sa cause nous rendre,
alors que c’est une mort certaine, assurée,
que partout dans le monde, avide, il sème.
Celui qui veut la guerre, ce privilégié,
devra la subir d’abord ; celui qui aime
la souffrance, qu’il se torde le premier
aux douleurs du pilier de l’anathème ;
que celui qui tue, sur le champ d’abord soit tué.
Mais des cœurs meurtris il se fait un diadème,
comme Diane est embellie des corps massacrés;
comme la terre boit le sang, ses yeux blêmes
observent, frénétiques, brûler le brasier.
Peuple : n’abandonne pas ce que tu aimes,
ne laisse pas impuni cet assassin d’enfants,
et du Phénix charognard, souffle les cendres !
Car il se fait petit, se rabaisse à ton rang,
mais pendant que d’une main il est tendre
de l’autre il fait couler – ô peuple !- ton sang !
Peuple : tue-le ou cesse de m’entendre ! »
III
« Frères des océans, citoyens, amis !
De quoi manquez-vous ? Est-ce que vous êtes
Si mal traités, pour accepter qu’aujourd’hui
Menace mon règne le poisson-poète !
N’avez-vous pas travail, paix et douces nuits ?
Le travail est dur, mais la récompense est honnête.
La guerre, sereine fossoyeuse, vous atterre ?
Mais c’est l’honneur de votre fière existence
qu’elle défend aujourd’hui par toute la terre
et elle est plus vraie que toutes les stances :
elle est un hymne à la mémoire de vos pères
elle est l’orgueil parce qu’elle est la résistance,
elle est fière, grande, belle et nécessaire !
Amis, un beau mot n’est que feinte élégance,
Un soupir, une larme, un songe, une prière.
C’est inutile, vain, c’est l’outrecuidance,
de discréditer l’entreprise guerrière
qui cache en son noble sein l’espérance !
Allons ! Citoyens, décidons dès aujourd’hui.
Le combat est ardu mais la coupe est prête,
nous vaincrons ensemble, heureux, fiers et unis.
Si c’est un mauvais rêve que vous faites,
Laissez-moi bannir de vos songes maudits
La mauvaise graine, le trouble fête ! »
Épilogue :
C’est aux peuples qu’appartient la décision
de n’être dans l’histoire qu’un hasard du temps
ou de prendre le risque de ses convictions ;
craindre le roi ou affronter le Léviathan !
Après quoi, il n’y a plus rien à dire :
dans l’air, sur terre ou au plus ténébreux des eaux
ne seront à jamais chantées que deux lires :
l’une chante pour l’amour, l’autre chante faux !
miércoles, 19 de noviembre de 2008
Enfin...
I
Enfin, les hommes de la Terre au banquet du ciel,
depuis longtemps conviés à venir goûter,
sous l’astre fier, les parfums de l’aube et du miel,
vinrent peu à peu, l’œil serein, brillant, s’attabler.
Enfin, les hommes de la Terre au banquet du ciel,
depuis longtemps conviés à venir goûter,
sous l’astre fier, les parfums de l’aube et du miel,
vinrent peu à peu, l’œil serein, brillant, s’attabler.
Souriants, majestueux, surpris, le verbe fébrile,
ayant au cœur un volcan et l’esprit enflammé,
et Babel vaincue, ils burent l’éternité,
parlant une langue qui en était mille.
Heureux les humbles, ils auront la parole en premier.
Dans les lueurs pâles du jour nouveau, bénie
sois-tu, vérité !, qui ne fus pas marchandée.
Bénie sois-tu nouvelle société de génie,
qui abrite en ton sein frais la grandeur rêvée,
la vrai force humaine jusqu’alors ignorée.
II
Le fruit des pensées s’appelle la parole ;
et le fruit des paroles doit être l’action.
Il n’est d’être pensant que l’on ne console
en lui agitant au nez Progrès, Libération !
Tout être ayant, occulte ou illuminé,
l’idéal de son propre temps sur la terre
se trouve à la fois enthousiaste et horrifié :
l’avenir est un sens où le cœur désespère ;
La destinée, qu’un bref instant j’entrevis
se tait, se terre et désire que je l’oublie ;
mais ses traits comme le sein d’une mère
en moi sont à jamais gravés, enfouis.
Pour toujours il y aura en mon cœur deux misères :
la vie possible et l’impossible de la vie !
III
Or, étant à ce système insondable aliéné,
je ne puis jamais dire qui du passionnel
ou de l’idéal est vénérable et aimé
par Dieu ; qui suis-je et qui est l’universel ?
ayant au cœur un volcan et l’esprit enflammé,
et Babel vaincue, ils burent l’éternité,
parlant une langue qui en était mille.
Heureux les humbles, ils auront la parole en premier.
Dans les lueurs pâles du jour nouveau, bénie
sois-tu, vérité !, qui ne fus pas marchandée.
Bénie sois-tu nouvelle société de génie,
qui abrite en ton sein frais la grandeur rêvée,
la vrai force humaine jusqu’alors ignorée.
II
Le fruit des pensées s’appelle la parole ;
et le fruit des paroles doit être l’action.
Il n’est d’être pensant que l’on ne console
en lui agitant au nez Progrès, Libération !
Tout être ayant, occulte ou illuminé,
l’idéal de son propre temps sur la terre
se trouve à la fois enthousiaste et horrifié :
l’avenir est un sens où le cœur désespère ;
La destinée, qu’un bref instant j’entrevis
se tait, se terre et désire que je l’oublie ;
mais ses traits comme le sein d’une mère
en moi sont à jamais gravés, enfouis.
Pour toujours il y aura en mon cœur deux misères :
la vie possible et l’impossible de la vie !
III
Or, étant à ce système insondable aliéné,
je ne puis jamais dire qui du passionnel
ou de l’idéal est vénérable et aimé
par Dieu ; qui suis-je et qui est l’universel ?
Amers ces songes de vie, ces poèmes
que simultanément créent et oublient
le cœur et l’esprit, ces pages mentales
qui jamais ne seront écrites.
Amers ces cris impétueux de l’âme
qui enflamment les sangs et mêlent
au désir du bien, la patience des sages,
la force des bêtes, mais qui pourtant
meurent dans l’étouffement d’un sanglot.
Amères paroles et amers visages
qui dans une tache d’ombre se révèlent ;
amers visages, visages d’ombre
que le vieux cœur encore et encore appelle.
Au pied du réverbère, la lumière trempée
suinte doucement sur le pavé.
C’est le sourire d’une âme en peine,
l’espoir d’une humanité décimée.
Et sur elle, les pas des hommes inconscients
dessinent d’étranges formes luisantes
au fil des minutes changeantes
au fil des siècles parfaitement égales.
2005
martes, 18 de noviembre de 2008
Poema de sordo oído
No entiendo lo que me dices,
tus palabras cual viento
atrapado en los árboles
a mi corazón no llegan.
El sonido de tu pensamiento
inunde el mundo entero
pero en mi jardín secreto
no vibra de mi corazón el oído.
La nota cristalina de tu etérea lira
muere envenenada en la melodía
del laúd triste de las estrellas
y se va con la partitura del universo.
¡No te oigo! ¡Más alto! Por favor,
¡Grita! me costaría tanto dolor
verte pasar esbelta y feliz
y no oír lo que dibuja tu boca.
tus palabras cual viento
atrapado en los árboles
a mi corazón no llegan.
El sonido de tu pensamiento
inunde el mundo entero
pero en mi jardín secreto
no vibra de mi corazón el oído.
La nota cristalina de tu etérea lira
muere envenenada en la melodía
del laúd triste de las estrellas
y se va con la partitura del universo.
¡No te oigo! ¡Más alto! Por favor,
¡Grita! me costaría tanto dolor
verte pasar esbelta y feliz
y no oír lo que dibuja tu boca.
Paroles
Parole. Mot divin, artiste, historique.
Parole. Esprit de l'homme aux hommes avoués, à l'univers déclaré.
Parole. Profonde ou légère, parole qui console, parole qui accuse.
Parole. Désignation du monde, interprétation de la nature.
Parole de parole, parole d'idée.
Parole de pensée. Parole d'acte et acte de parole.
Les mots ne sont que des mots, on leur préfère les pensées.
Les mots ne sont que des mots, on leur préfère les idées.
Les mots ne sont que des mots, on leur préfère les silences.
Les mots ne sont que des mots, mais sans eux pourtant, l'homme ne saurait dire "nous".
Parole. Esprit de l'homme aux hommes avoués, à l'univers déclaré.
Parole. Profonde ou légère, parole qui console, parole qui accuse.
Parole. Désignation du monde, interprétation de la nature.
Parole de parole, parole d'idée.
Parole de pensée. Parole d'acte et acte de parole.
Les mots ne sont que des mots, on leur préfère les pensées.
Les mots ne sont que des mots, on leur préfère les idées.
Les mots ne sont que des mots, on leur préfère les silences.
Les mots ne sont que des mots, mais sans eux pourtant, l'homme ne saurait dire "nous".
lunes, 17 de noviembre de 2008
Moments...

C’est un drôle de pays que novembre.
Il est gris et souvent il est froid.
C’est un drôle de pays sans souvenir,
une contrée de jaunes criards
et d’oranges pastels.
Et puis, en novembre, tout gèle :
l’amour, l’espoir, l’avenir.
Tout gèle et se cache sous les vestes
et les gros pantalons de velours côtelés.
En novembre les batailles semblent être gagnées.
Les amours conquis ; et l’avenir est un présent fiévreux.
Novembre est un pays sans hier et sans demain,
sans ciel, sans terre, sans rire et sans vin.
En novembre il n’y a pas non plus
de tristesse, de doute ni d’amertume.
Novembre est ainsi : fier, discret, absolu.
Il est gris et souvent il est froid.
C’est un drôle de pays sans souvenir,
une contrée de jaunes criards
et d’oranges pastels.
Et puis, en novembre, tout gèle :
l’amour, l’espoir, l’avenir.
Tout gèle et se cache sous les vestes
et les gros pantalons de velours côtelés.
En novembre les batailles semblent être gagnées.
Les amours conquis ; et l’avenir est un présent fiévreux.
Novembre est un pays sans hier et sans demain,
sans ciel, sans terre, sans rire et sans vin.
En novembre il n’y a pas non plus
de tristesse, de doute ni d’amertume.
Novembre est ainsi : fier, discret, absolu.
*************************************************************
La particularité de la passion, de quelque matière qu’elle soit, quelque objet qu’elle contemple, est de devoir mourir.
Pourtant, et c’est là toute sa force, l’homme est incapable de voir en elle de limite. Lorsqu’elle le prend, il semble toujours que c’est pour toujours. Des limites, elle en a cependant, la première étant le sentiment. Le sentiment est une frontière de la passion ; sa mort en vérité. Le sentiment est ce qui borne la passion, ce qui la démystifie. Malgré cela, il ne faudrait pas croire qu’une passion sans sentiment est une passion sans borne, infinie. La passion plonge lugubrement vers l’absolu, elle bascule inéluctablement dans l’intangible, dans l’idée, qui la rend vulgaire, la freine et pour finir la détruit.
Passionne-toi aujourd’hui à perdre le sens,
évanouis-toi dans l’évanouissement des mots.
Sentir plutôt que croire,
enrager plutôt qu’aimer.
Dans les pétales d’une rose rouge
dans le parfum de la beauté,
dans le souvenir d’un parfum,
dans le vent qui emporte le souvenir,
vagabonde au cœur de tes sens,
garde tes sens loin du cœur.
Donne à ta peau les nourritures du monde
et prive ton esprit de sa réalité.
Observe dans le miroir de tes propres vertus
la vertu lente et noire qui meurt,
sauve qui tu es en étant ce que tu sens.
Il n’est de vertu qui meure,
il est des phénix qui s’envolent les pieds grisonnants...
Toute mort est un avenir ;
sois patient, aime, n’aies point de doute
car il viendra ton temps
d’être l’histoire de demain.
Le temps n’existe pas. L’homme ne vit qu’aujourd’hui amer d’hier et affamé de demain.
Pourtant, et c’est là toute sa force, l’homme est incapable de voir en elle de limite. Lorsqu’elle le prend, il semble toujours que c’est pour toujours. Des limites, elle en a cependant, la première étant le sentiment. Le sentiment est une frontière de la passion ; sa mort en vérité. Le sentiment est ce qui borne la passion, ce qui la démystifie. Malgré cela, il ne faudrait pas croire qu’une passion sans sentiment est une passion sans borne, infinie. La passion plonge lugubrement vers l’absolu, elle bascule inéluctablement dans l’intangible, dans l’idée, qui la rend vulgaire, la freine et pour finir la détruit.
Passionne-toi aujourd’hui à perdre le sens,
évanouis-toi dans l’évanouissement des mots.
Sentir plutôt que croire,
enrager plutôt qu’aimer.
Dans les pétales d’une rose rouge
dans le parfum de la beauté,
dans le souvenir d’un parfum,
dans le vent qui emporte le souvenir,
vagabonde au cœur de tes sens,
garde tes sens loin du cœur.
Donne à ta peau les nourritures du monde
et prive ton esprit de sa réalité.
Observe dans le miroir de tes propres vertus
la vertu lente et noire qui meurt,
sauve qui tu es en étant ce que tu sens.
Il n’est de vertu qui meure,
il est des phénix qui s’envolent les pieds grisonnants...
Toute mort est un avenir ;
sois patient, aime, n’aies point de doute
car il viendra ton temps
d’être l’histoire de demain.
Le temps n’existe pas. L’homme ne vit qu’aujourd’hui amer d’hier et affamé de demain.
Novembre 2008
sábado, 20 de septiembre de 2008
Sensation d'automne
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée...
J. Prévert
L’arbre a éternué
une feuille est tombée.
C’est l’automne
avec son bruit d’été craquelé.
Le ciel s’est assombri,
une larme de nuage a coulé.
Nul ne s’étonne
c’est l’automne
avec son odeur d’été tout usé.
Le vent a remplacé la brise molle.
Dans un grincement les portes se sont fermées.
Car sur son trône
sans que nul ne s’étonne
c’est l’automne
qui vient siéger.
Une tourterelle a gloussé
puis sous son aile s’est réfugiée.
Le feu dans l’âtre ronronne
pendant que sur son trône
bien que nul ne s’en étonne
monte soudain l’automne
avec un goût de pluie avarié.
La terre s’est durcie,
les champs ce matin ont gelé.
Le mistral court sur le Rhône
le feu dans l’âtre résonne
alors que sur son trône
saute d’un coup l’automne
et nul ne semble s’en étonner.
C’est l’automne et nous aimons le regarder
avec nos envies d’automne,
avec nos lubies d’automne,
avec nos souvenirs d’automne
auxquels ont rêve quand on sifflote
auxquels on pense quand on aime.
C’est l’automne et nous le chérissons
comme nous chérissons les solstices :
dans l’amour du temps qui passe
dans la haine du temps qui ne revient pas.
Car il n’y aura jamais d’automne si grand
qu’il semble qu’il n’y ait pas eu d’été.
20/09/2008
Les valeurs
Qu’est-ce qu’une valeur ?
Attachons-nous donc au cœur du problème. Qu’est-ce qu’une valeur ? Essayons-nous à lui donner une définition. Une valeur est une position de l’esprit en même temps qu’une action individuelle inconditionnellement orientées vers le bien de l’humanité et qui rassemblent les hommes de bien, les unissant dans la poursuite de leur but commun qui est le bonheur de tous. Peut-être manquerait-il quelque aspect à cette définition mais nous ne pensons pas que l’on puisse lui ôter aucune des propositions susdites. Que le lecteur accepte le temps de ces quelques lignes de donner aux valeurs, que peut-être nous n’avons pas tout à fait perdues, le sens que nous voulons raisonnablement lui donner ici. Observons donc, partant de ce constat, quelques points avant d’expliquer le fond substantiellement historique de la phrase initiale. Tout d’abord, il ne faut pas confondre valeur et vertu, ou pire valeur et morale. L’homme de bien doit effectivement être vertueux, mais être vertueux c’est une façon de prendre certaines valeurs pour lois personnelles et de les mettre au cœur de nos actes ; en ce sens le contraire de la vertu n’est autre que la mauvaise foi. La vertu mesure le degré de fidélité qu’un homme peut avoir envers les valeurs qu’il a fait siennes. La valeur n’est pas non plus une morale mais on pourrait penser que celle-là provient de celle-ci. Or, avoir des valeurs reviendrait alors à avoir au préalable une morale. L’ennui en établissant un tel lien logique entre morale et valeurs, c’est qu’alors nous enfermons le simple geste fraternel, le simple élan de bonté dans une structure morale du comportement, chose possible mais pas systématique car ces actes naissent aussi de la révolte qui n’est pas une morale en soi. Mais avant tout elles naissent de la philosophie. Une vraie philosophie doit être considérée comme une façon de penser l’homme débouchant sur un système de valeur visant à expliquer et améliorer la condition humaine. Seule la philosophie, objective, allant de l’homme vers l’univers et de l’univers vers l’homme, est en mesure de fournir sinon les valeurs nécessaires au bien des hommes, au moins une certaine quantité de règles comportementales. Mais ce qui fait de la philosophie la solution la plus viable et surtout la plus honnête afin de comprendre mieux le monde où l’on vit, de s’y comporter en faiseur de bien, en bref afin d’avoir des valeurs, est le fait que l’on peut choisir de ne pas la suivre. La philosophie suppose et argumente, jamais elle n’impose. En revanche, pour le christianisme et toutes les religions, ou encore toutes les doctrines et idéologies de toutes sortes qui n’ont cessé de sévir en Europe depuis deux siècles, il n’a jamais été question d’autre chose que d’imposer aux hommes une certaine vision du monde, et par là même leurs systèmes, leurs valeurs et, oserai-je le dire, leur justice ! Ces idéologies ont fait le monde tel qu’elles l’avaient décidé, le faisant reposer sur leur idéal. Toutes sont tombées, écroulées sous leur propre poids. Ce qui vient du peuple se maintient, ce qu’on lui impose finit par tomber. Un vrai peuple démocratique n’est pas choisi, il choisit lui-même, et cela on le sait depuis 1789. Quoi qu’il en soit, du marxisme jusqu’au capitalisme social, politique et économique tel que nous le connaissons aujourd’hui, tout doit nous servir afin de ne pas nous tromper à nouveau. A notre sens il est vain de chercher un système de valeurs dans les limites de notre définition à l’intérieur de ces idéologies, et ce pour deux raisons. La première est qu’il est extrêmement difficile de tirer honnêtement toutes les conséquences de systèmes qui reposent sur de mauvais questionnements, et leur échec en est la preuve. Deuxièmement, parce que tôt ou tard ces systèmes finissent par pourrir de l’intérieur et ne voient alors plus que par un trou de serrure les réalités béantes qu’ils avaient créées. C’est le cas de l’Église par exemple dont on pourrait se demander combien de temps encore elle va ramper, cramponnée à une morale décrépite, si ce n’est en se remorquant à une autre idéologie. On sait par exemple en Espagne le poids de ces mots, on leur rattache le sang des frères, l’ignominie, la haine. Le grand problème des catholiques, on le sait depuis bien longtemps, est qu’à force d’être en permanence sur la limite entre le simple croyant, le bon samaritain, et l’exalté assassin, ils finissent par ne plus être crédibles. Aujourd’hui le discrédit de l’église est devenu presque traditionnel, le XXe siècle s’est chargé de désacraliser la société, nous vivons depuis deux siècles sans dieu.
Le nouvel homme.
Or, l’absence de dieu ne signifie pas la mort du divin mais simplement l’absence de temple. Pour détruire le temple les hommes n’eurent d’autres possibilités que de tuer le christ. Mais la disparition de la religion dogmatique, en soi, ne représente pas une régression mais l’avènement de la force des hommes. Le christ n’est plus ce pilier de la culpabilité humaine que l’homme lui-même avait érigé, et à nouveau seuls devant la terre et devant l’humanité, il nous faut encore nous révolter. « La révolte tue les dieux cherchant à construire des temples. » (Camus, L’homme révolté) Et nous voici donc revenu à notre point de départ, celui du premier homme. Cependant aujourd’hui nous avons de nouvelles armes. Par exemple nous savons que nous ne voulons plus de dieu, nous savons que le nihilisme puis plus tard l’existentialisme ne se sont pas résolus absolument puis qu’ils sont morts et que, par conséquent, ils nous sont inutiles. La seule façon de vaincre pour de telles philosophies était l’acceptation totale ; l’acceptation partielle revenait à mourir. Et le XXe siècle est passé, entre une morale mal définie et une justice maladroite, il s’est frayé un chemin vers le confort de tous, entre les embuches des derniers révoltés. Certes la première moitié du siècle nous l’avons consacrée à des guerres fratricides dont la seule et véritable origine était la recherche désespérée d’un nouveau dieu à l’intérieur de l’homme. La seconde moitié, nous nous sommes chargés d’ignorer. D’ignorer tout au sens général et particulier. Après les grands conflits mondiaux, après la guerre froide, on a donné au monde un régent (nous nous refusons à nommé d’autre façon que par ce terme le gouvernement actuel des Etats-Unis d’Amérique). Puis, résignés à ne plus jamais avoir de dieu et à sombrer peu à peu dans le désespoir, nous avons fermé les yeux au monde.
Dieu disparu, c’est un vide de valeurs et de morale qui le premier s’installe dans la société des hommes. Autour de ce vide on a créé des institutions. Pourtant, au-dessus de ce vide plane l’incertitude du bonheur humain, de la liberté et de la justice. La finalité n’a pas disparu, mais elle n’a plus rien de solide sur quoi s’appuyer -les institutions ne sont pas éternelles. Le seul moyen aujourd’hui pour que les hommes recommencent d’agir selon des valeurs, et donc de répondre à des lois, c’est d’interroger notre nouvelle réalité, d’observer nos comportements tout en prenant garde à ne pas confondre ce qui nous questionne en tant qu’hommes et ce qui nous décrit en tant que société. Si l’on se base sur l’apparence, les plus étroits d’esprit penseront que l’humanité touche à sa perfection : la science, la technologie, la communication sont des preuves d’une évolution a priori positive. Cependant, a posteriori, et en termes de recherche du bonheur, il n’est pas difficile d’en voir les limites. Toujours est-il que l’on ne peut pas s’arrêter, lorsqu’on contemple notre société, à son apparence. Il n’est d’ailleurs pas rare aujourd’hui que des jugements définitifs soient prononcés seulement sur le paraître ; mais si une telle pratique est une infamie au regard de l’individu, c’est une véritable trahison au regard de l’humanité. L’image n’est pas l’être et observer n’est pas forcément voir la réalité. La conséquence la plus violente et la plus difficile du système occidental actuel réside précisément dans la difficulté d’observation à cause de nous et à cause des autres.
Esclavage volontaire.
En conclusion de tout cela, on peut dire que les valeurs dont nous parlons ne peuvent être chancelantes mais pleines. C’est dans la plénitude que l’on acquiert la force tranquille des faiseurs de bien, des constructeurs du bien. Ne pouvant donc ne nous raccrocher ni à la religion qui est notre héritage, que l’on soit d’ailleurs chrétien ou athée, ni à des doctrines aujourd’hui usées, il ne nous reste plus qu’à observer froidement que nous voilà de nouveau seuls, sans dieu, ni substitut de Dieu et comprendre alors qu’il nous faut réformer le système actuel de nos sociétés afin de trouver la matière sincère, loyale et pure, nécessaire à la prolongation de l’humanité.
Si nous ne voyons aujourd’hui plus guère de valeur dans la relation entre les hommes, c’est simplement parce que les valeurs, parmi tant d’autres choses, ont été vidées de leur contenu. Ou, pour être plus précis, nous nous sommes détournés tout au long de ces cinquante dernières années de ce qui fait d’un peuple un peuple et non pas une seule somme d’individus. Nous avons systématiquement écarté tout ce qui pouvait empêcher, ou ne serait-ce qu’entacher la réalisation d’un ouvrage commun à tous : l’enrichissement et l’augmentation des libertés de chacun. Il est clair que nous avons agi comme agissent les idéologies, exigeant beaucoup, s’imposant peu.
Si l’on se laissait tenter de regarder en arrière, il serait difficile de retenir un soupir de nostalgie quand on pense que cela n’a pas été difficile du tout de nous faire adhérer tous à ce nouveau dieu : le marché. Jusqu’à cette nouvelle ère, l’argent n’avait jamais été qu’un moyen. Plus ou moins indirectement, il a participé à toutes les injustices de ce monde, dans tous les siècles. Mais jamais il n’était devenu une fin en soi. Nous croyons pouvoir affirmer ici, la proposition suivante : en divinisant l’argent, devenu le centre d’intérêt unique de nos efforts, nous nous sommes détachés peu à peu de ce qui fait la vraie grandeur de l’homme et le seul objectif digne de ses tourments: la recherche de la vérité. La recherche de la vérité a reçu ces derniers temps un coup très rude : elle a été victime d’une indifférence si forte que seule l’histoire pouvait la sauver de l’anéantissement. De nombreux goûts de vivre ont été remplacés par des goûts de possession. Le plaisir d’avoir et avec lui toutes les perversités qu’il engendre sont devenus le but, la fin et le sens de la vie. Nous avons cultivé l’apparence au point d’en oublier qu’elle n’était pas la seule réalité des personnes. En somme, nous avons repoussé des limites qui parfois n’étaient peut-être pas poussées dans le bon sens – c’est le cas de la science qui de putain de la guerre est devenue putain de la mode-, mais qui souvent n’étaient essentiellement pas les bonnes. La question du véritable sens de l’homme, celui qui en fait un éternel chercheur de sa propre libération, seul dans un monde et -pire !- une société injustes, est restée. Seulement nous avons ruiné nos propres espoirs de nous sauver. Et, pour finir, nous l’affirmerons sans détour : nous sommes actuellement plus esclaves que jamais. Mais peut-être est-ce pire encore. Nous pourrions être moins que des esclaves. Car s’il est prouvé que l’on peut attiser la dignité de l’esclave afin d’en faire un homme révolté avec tout ce que cela entraîne de bon, de nécessaire mais aussi de mortifère, que faire quand l’esclave se croit libre ? Que faire quand la superbe de l’homme agit comme une soupape permettant le maintien de ce qu’il croit être sa survie et n’est en réalité que sa perte ? Comment se positionner face à un homme que son propre orgueil aveugle et dont les actes égoïstes mènent sur le chemin de la décadence et de la servitude, persuadé cependant d’être de plus en plus libre ? Que dire, enfin à un homme qui croit qu’il peut se sauver seul, qu’il peut être heureux sans les autres ? Ni dans la richesse, ni dans la solitude ni dans l’illusion du bonheur, l’homme ne se sauvera jamais. La seule façon pour l’homme, non de se sauver mais d’être en paix avec sa conscience comme avec son temps est de s’unir et de se débarrasser définitivement des leurres qu’il s’est créé. Une seule question est dès lors digne d’être examinée.
Pourquoi la révolte est-elle incapable de naître ? La raison en est en réalité toute simple : tant que l’équilibre se maintiendra raisonnablement entre libertés théoriques et injustices de fait, rien ne bougera. Tant que la tranquillité d’un demi bonheur agira comme un anesthésiant de la conscience humaine, nous continuerons d’être des hommes à moitié. Il y a derrière les valeurs un sens pécunieux qui nous empêche de lever la tête et voir que l’on peut faire mieux. Le jour où la pensée sera, ne serait-ce qu’un instant, aveuglée par le reflet de la société, ouvrant à son esprit tous les horizons qu’elle s’était fermés, les vraies valeurs renaîtront et nous recommencerons de courir, vainement mais salutairement, vers le bonheur impossible qui est la seule vie possible. L’humain doit réapparaître dans le cœur des hommes. L’individu doit de nouveau laisser une place à l’angoisse, à l’incompréhensible qui fait sa liberté. Alors, sur son lit de mort l’homme ne dira plus « je » mais « nous », annonçant ainsi qu’il a vécu seul, certes, mais dans la compagnie des hommes. Peut-il en être autrement ? L’homme peut-il ne pas se retrouver seul aux portes de la mort ? Le destin de l’homme est d’œuvrer dans l’espoir qu’il puisse en être autrement. Voilà probablement une des pensées qui pourrait nous aider à sortir de l’impasse où nous nous trouvons. Et nous n’avions pas pour projet en écrivant ces quelques lignes de formuler autre chose qu’une modeste proposition en faveur de l’espoir que nous nourrissons dans l’ombre de lire à nouveau la dignité dans les actes des hommes.
Juillet 2008
domingo, 14 de septiembre de 2008
El Cante de las Minas
Probablemente las mejores actuaciones que haya visto en la vida.
Es muy probable también que no sean las últimas y que repetiremos el Cante de las Minas otros años. Pero no cabe duda que esta edición 48 del Festival ha hecho evolucionar mi forma de comprender, y sobre todo de sentir, el flamenco.
Un pensamiento especial mientras preparo esta selección de fotos para Miguel Poveda cuya actuación aquella noche me delumbró con su belleza, su perfección emocional, su justa ejecución, en una palabara con su jondura.
Es él en las dos primeras fotos. La primera por Alegrías, la segunda no me acuerdo en qué momento, pero a todos se nos pusieron los pelos de punta, eso seguro.


A continuación el Lebrijano que con sus
ochenta y tantos años, a pesar de problemas
salud aparentemente graves, nos dio aquella
noche una magnífica actuación con extractos
de su nuevo disco (aquel con las letras de
G. García Márquez) y otras joyas que sólo
se encuentran en su voz. Era la primera vez
que lo veía y me dio mucha impresión ver a
tan grande maestro.

Aquí el Nano de Jerez con su acompañante. Un flamenco diferente que rompió bastante con el tema minero. Los aficionados a Pencho Cros no vieron mucha relación entre las mineras que cantaba el hijo predilecto de la Unión y la gracia gaditana del Nano. Son dos flamencos muy diferentes, la verdad. A mi, me encantó este aire, este duende, este gaditanismo del Nano de Jerez de la Frontera que es la cuna de la bulería. El Nano cantó una extraordinaria aquella noche.
Abajo, el guitarrista de Rafaela Carrasco
Es muy probable también que no sean las últimas y que repetiremos el Cante de las Minas otros años. Pero no cabe duda que esta edición 48 del Festival ha hecho evolucionar mi forma de comprender, y sobre todo de sentir, el flamenco.
Un pensamiento especial mientras preparo esta selección de fotos para Miguel Poveda cuya actuación aquella noche me delumbró con su belleza, su perfección emocional, su justa ejecución, en una palabara con su jondura.
Es él en las dos primeras fotos. La primera por Alegrías, la segunda no me acuerdo en qué momento, pero a todos se nos pusieron los pelos de punta, eso seguro.
El Manolete, rodeado de sus palmeros-cantaores.
A continuación el Lebrijano que con sus
ochenta y tantos años, a pesar de problemas
salud aparentemente graves, nos dio aquella
noche una magnífica actuación con extractos
de su nuevo disco (aquel con las letras de
G. García Márquez) y otras joyas que sólo
se encuentran en su voz. Era la primera vez
que lo veía y me dio mucha impresión ver a
tan grande maestro.
Aquí el Nano de Jerez con su acompañante. Un flamenco diferente que rompió bastante con el tema minero. Los aficionados a Pencho Cros no vieron mucha relación entre las mineras que cantaba el hijo predilecto de la Unión y la gracia gaditana del Nano. Son dos flamencos muy diferentes, la verdad. A mi, me encantó este aire, este duende, este gaditanismo del Nano de Jerez de la Frontera que es la cuna de la bulería. El Nano cantó una extraordinaria aquella noche.
Abajo, el guitarrista de Rafaela Carrasco
miércoles, 10 de septiembre de 2008
Magie d'une nuit de jazz
Souvenirs de Ramatuelle...
Silence. La nuit, suspendue au-dessus de la mer, se fond avec elle et le dégradé de bleus tout à l’heure si harmonieux est à présent une vaste ombre où brillent de loin en loin les fanals des bateaux et les phares silencieux. Silence. Dans la pinède à l’entour et qui surplombe les eaux ténébreuses, les cigales se sont tues, les aiguilles ont arrêté leur doux balancement et la résine retient sa course, s’agrippe à l’écorce en devenant molle après avoir été liquide sous le soleil de midi. Dans cette nuit aux mille étoiles, perché dans les hauteurs d’un petit village provençal, un groupe de personne attend. Silence, nuit teintée de légères lumières violettes. Un piano, quelques pupitres, des chaises. Une batterie au repos et une trompette la tête en bas. Eux aussi attendent à l’intérieur de leur corps froids que coule la chaleur de la musique. L’air est tendre et la contrebasse, allongée sur le coté comme un cheval au repos, semble sourire. L’instant d’après, dans un minuscule théâtre de verdure de village, sur une scène grande comme un oeil qui regarde le ciel de son regard de colonnes romaines, aparaissent huit musiciens et une musicienne. Silence. Ils s’assoient. Silence. Il ne regarde pas le public, le public n’applaudit pas. Silence : l’ombre du théâtre se mêle aux ombres des costumes, c’est la magie de la scène qui commence...
La violoncelliste jette cinq ou six notes, jouées au doigt, syncopées, et les répètent, et encore, et encore. Elle ne regarde personne, mille regards la dévisagent. Et elle se couche sur son instrument pour aller chercher cette note, ce retard si passionant que prennent entre elles les mesures pour mieux prendre appui les unes sur les autres et s’envoler. Et puis soudain, comme plannant au-dessus d’elles, en avalanche, les deux violons et l’alto simultanément surgissent, envahissent l’espace multipliant les phrases, enchaînant les rythmes. Chacun semble parler à part soi, tous entendent l’unité. Et derrière, en fond, essentiel comme l’air que l’on respire, feutré comme la patte du chat sur la gouttière, profond et puissant comme les entrailles de la terre, le violoncelle, toujours le violoncelle. Le public est de plus en plus silencieux, et de ce silence naît la musique.
Tout à coup une note du violoncelle semble s’accentuée, puis une autre et encore une autre. A chaque révolution mélodique les notes-piliers semblent plus forte, plus puissante : et c’est que la contrebasse, en douce, comme qui n’y fait pas attention, vient soutenir le violoncelle de ses cordes épaisses comme les bras d’un père quand on est enfant. Puis, d’abord insensiblement, la batterie apparaît. Ce sont des coups légers, un peu de charleston et des bords de caisse claire, mais elle intensifie l’ensemble par sa simple présence. Enfin, la seconde suivante, au signal du saxophone qui ronronne, de la trompette qui crie et du piano qui rugit, tous ensemble, d’une seule corde, d’un seul souffle, d’un seul geste, neuf musiciens jettent aux cieux dans un grand rire chaud de gorge profonde un feu d’artifice si coloré que même les étoiles applaudissent !
De ce qui suivit on ne peut rien dire sinon qu’il vaut mieux se taire pour mieux s’en souvenir. Nous venons d’essayer de raconter les deux premières minutes de ce qui fut un extraordinaire voyage musical qui dura deux heures. Un compositeur génial, huit magnifiques interprètes et une inspiration puisée chez les plus grands. Il fallait oser réunir un quintet de jazz à un quatuor à corde, mais il fallait le talent d’un génie pour marier Manuel de Falla à Herbie Hanckok. Merci Karim Maurice.
10/09/08
La violoncelliste jette cinq ou six notes, jouées au doigt, syncopées, et les répètent, et encore, et encore. Elle ne regarde personne, mille regards la dévisagent. Et elle se couche sur son instrument pour aller chercher cette note, ce retard si passionant que prennent entre elles les mesures pour mieux prendre appui les unes sur les autres et s’envoler. Et puis soudain, comme plannant au-dessus d’elles, en avalanche, les deux violons et l’alto simultanément surgissent, envahissent l’espace multipliant les phrases, enchaînant les rythmes. Chacun semble parler à part soi, tous entendent l’unité. Et derrière, en fond, essentiel comme l’air que l’on respire, feutré comme la patte du chat sur la gouttière, profond et puissant comme les entrailles de la terre, le violoncelle, toujours le violoncelle. Le public est de plus en plus silencieux, et de ce silence naît la musique.
Tout à coup une note du violoncelle semble s’accentuée, puis une autre et encore une autre. A chaque révolution mélodique les notes-piliers semblent plus forte, plus puissante : et c’est que la contrebasse, en douce, comme qui n’y fait pas attention, vient soutenir le violoncelle de ses cordes épaisses comme les bras d’un père quand on est enfant. Puis, d’abord insensiblement, la batterie apparaît. Ce sont des coups légers, un peu de charleston et des bords de caisse claire, mais elle intensifie l’ensemble par sa simple présence. Enfin, la seconde suivante, au signal du saxophone qui ronronne, de la trompette qui crie et du piano qui rugit, tous ensemble, d’une seule corde, d’un seul souffle, d’un seul geste, neuf musiciens jettent aux cieux dans un grand rire chaud de gorge profonde un feu d’artifice si coloré que même les étoiles applaudissent !
De ce qui suivit on ne peut rien dire sinon qu’il vaut mieux se taire pour mieux s’en souvenir. Nous venons d’essayer de raconter les deux premières minutes de ce qui fut un extraordinaire voyage musical qui dura deux heures. Un compositeur génial, huit magnifiques interprètes et une inspiration puisée chez les plus grands. Il fallait oser réunir un quintet de jazz à un quatuor à corde, mais il fallait le talent d’un génie pour marier Manuel de Falla à Herbie Hanckok. Merci Karim Maurice.
10/09/08
jueves, 4 de septiembre de 2008
Les peintures de l'âme
A ma mère
Paysage de couleurs, formes de la vie,
Une barque, un soleil, une fleur,
Sous un pinceau qui rit.
Pastels, bleus, verts, orangés,
Fusain, encre de chine
chantent leurs divines voluptés.
Et les traits s’amusent et se confondent,
On devine derrière le tableau,
Le peintre et sa muse faisant la ronde.
Et dansez! Dansez peintures de l’esprit,
Dansez puis posez vous où il vous plaît
Sur une toile ou dans le coeur d’un ami.
Et nous verrons chez nous notre propre reflet,
Le miroir de nos pins sacrés, celui de nos façades bénies.
Nous verrons comment ce qui est renaît
Sous la plume du poète
Sous le pinceau du peintre
Dans nos coeurs et dans nos têtes,
Là où les peintures sont des souvenirs
qui se fondent en une étreinte
03/09/2008
domingo, 31 de agosto de 2008
Celui qui a échoué
Semblables à un train de nuit,
Etranges,
Comme une pluie sans nuage
Et des rires d’enfants sages;
Louanges
A un coeur qui s’est éteint,
A une âme que plus aucun Dieu n’étreint,
Et que jamais plus ne dérange
Le flux amoureux de l’âme passionnée,
Ni la comédie humaine ni l’envie rassasiée...
Là, dans son refuge aux sombres pensées,
le poète crée ce à quoi il ne peut songer,
et l’on écrira plus tard
la magnificence sans hasard
du génie qui a fait le poème,
quand il a conté ses vers sans même y penser.
Mais il n’est plus temps pour sauver le navire,
et les voiles déjà pleines de la bruyante tempête
ne savent plus de l’avant ou de l’arrière
lequel est le mauvais choix, le geste pire.
Les lanternes des ports, parsemées dans le lointain,
qui avaient jusqu’alors guidé le sillon débile,
se firent floues et moururent dans la paisible,
la sereine obscurité, arme si utile aux assassins.
Eh quoi ! le craquement sinistre de la coque vous effraie ?
Sachez pourtant que ce n’est que justice :
car quand les marins sont des idiots qui n’obéissent
qu’à de fausses croyances et des préjugés malsains,
ils sont, monsieur, des naufragés avant d’avoir embarqué.
Là où l’homme ne fit rien, il n’est rien à dire.
-Mais là où il caressa une fleur,
tous les discours du monde s’émeuvent et se tarissent.-
Là où l’homme refuse de penser, il n’est rien à écrire.
-Mais la plume universelle est bien faible,
à l’endroit où il déposa un songe.-
Là où l’homme refuse et abandonne, il n’est de grandeur à lui décerner.
-Mais nul ne peut mieux que l’éternité
baiser les pieds de celui qui a échoué.-
05/12/06
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